La Fée du Saut-Des-Cuves
Il était une fois une fée qui se faisait appeler Polybotte. Une bien curieuse fée aussi. Imaginez une femme au corps de rêve, une beauté aux formes sculpturales que le meilleur des artistes ne saurait rendre. Être belle c'est facile quand on est une fée, pensez-vous. Pas sûr.
Pas sûr, parce que Polybotte voyait son magnifique corps surmo,té d'un visage de vieille femme. Une tête toute fripée, toute ridée, crâpie comme une pomme à la fin de l'hiver. La pauvre en était honteuse et à force de penser continuellement à son handicap dans sa solitude, elle était devenue méchante. Aussi les habitants évitaient-ils d'approcher de son domaine du Saut-Des-Cuves.
Il advint qu'un soir un chevalier étranger au pays s'égara dans ce secteur sauvage. Abandonnant son cheval, il se fraya un chemin dans les rochers et découvrit bientôt l'entrée d'une grotte. C'était la demeure de Polybotte. La fée lui fit bon accueil et le pria de dîner avec elle. Elle s'était assise sur un trône de cristal pur et avait revêtu sa plus belle robe, une fine mousseline qui mettait son corps en valeur. Dans la salle, aux murs couverts de diamants resplendissants de mille éclats, flottait un parfum délicat et subtil. Pendant que de ravissantes jeunes filles dansaient au son d'une musique invisible, d'autres présentaient des plats plus succulents les uns que les autres.
Polybotte pensait pouvoir ainsi retenir le chevalier et le garder comme amant. Hélas, le beau seigneur était marié et il pensait à sa douce dame. Aussi, le matin venu, voulut-il quitter son hôtesse pour regagner son château. La fée cacha sa déception et accepta de le laisser partir.
Il prit congé, remercia de l'hospitalité et se dirigea vers la sortie. A ce moment, un froid glacial et mortel le surprit. Il fut changé en glace. Polybotte s'était vengée de son refus.
Depuis, même en plein été, l'entrée de la grotte conserve toujours de la glace. On l'appelle la Fente du Kertoff.